Une cause juste… une méthode honteuse

Protéger les enfants contre les prédateurs en ligne ? Oui, mille fois oui. Mais surveiller chaque message, chaque photo, chaque fichier échangé entre citoyens ordinaires ? Non, jamais.

Et pourtant, c’est exactement ce que propose Chat Control. Derrière un discours rassurant et bien intentionné, on nous prépare une machine à scanner intégrée directement sur nos téléphones, ordinateurs et tablettes, capable d’examiner chaque contenu avant même qu’il soit chiffré.

Le problème, c’est qu’une fois cet espion en place, il n’y a plus de communication réellement privée. On brise la confiance dans les outils qu’on utilise tous les jours, et on ouvre la porte à un flicage généralisé.

Chat Control : en clair

L’idée est simple… et terrifiante : imposer le client-side scanning à toutes les applications de messagerie, qu’elles soient chiffrées de bout en bout ou non. WhatsApp, Signal, Messenger, iMessage, e-mails… rien n’échapperait à ce scan.

En pratique :

  • le chiffrement est vidé de sa substance, puisque vos données sont lues avant d’être chiffrées ;
  • chaque appareil devient un agent de surveillance ;
  • la confidentialité n’existe plus, même entre proches.

Pourquoi c’est une catastrophe annoncée

Mettre tout le monde sous surveillance par défaut, c’est traiter chaque citoyen comme un suspect. C’est la définition même de la surveillance de masse.

Il y a aussi la sécurité : un scanner côté client, c’est une faille volontaire. Et toute faille finit par être exploitée, par des hackers, des États étrangers, ou même par des abus internes.

L’efficacité, elle, est largement illusoire. Ces systèmes sont bourrés de faux positifs. Ils vont ruiner la vie de gens innocents pendant que les vrais criminels trouveront d’autres moyens, hors de portée du scan.

Et puis il y a la pente glissante. Aujourd’hui, l’argument, c’est le CSAM (Child Sexual Abuse Material). Mais une fois l’infrastructure en place… qui décide de ce qui doit être scanné demain ? Des opinions politiques ? Des contenus “indésirables” ? On sait comment ça commence, on ne sait jamais comment ça finit.

L’argument “protection des enfants”

Évidemment que protéger les enfants est une priorité. Mais ce projet utilise cette cause comme un cheval de Troie pour faire passer une mesure inacceptable.

Il existe pourtant des alternatives efficaces qui n’impliquent pas d’espionner tout le monde :

  • renforcer les enquêtes ciblées,
  • financer correctement les unités spécialisées,
  • améliorer la coopération internationale,
  • retirer rapidement les contenus signalés.

La vraie protection passe par l’action ciblée, pas par la surveillance universelle.

Où on en est

Chat Control a déjà échoué en 2024… mais il revient en 2025 avec un soutien grandissant. Un vote est prévu à l’automne. Rien n’est encore joué, mais la fenêtre pour agir se rétrécit.

Mon avis

Ce projet, je le trouve honteux. Il sacrifie la vie privée de millions de personnes pour un résultat incertain, et il crée au passage un précédent extrêmement dangereux pour l’avenir.

Protéger les enfants, oui, il faut le faire. Mais pas en transformant chaque téléphone en appareil d’espionnage permanent.

Pour aller plus loin